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Paralysie face à l'aggravation de la crise de Goma

L’ONU déclare qu’une catastrophe est en train se dérouler alors que les dirigeants régionaux et mondiaux se débattent pour trouver une solution.
By Katy Glassborow
La paralysie de la communauté internationale face à la crise humanitaire qui se déroule à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, RDC, a conduit le contingent limité de casques bleus de la région à admettre qu’ils ne sont pas en mesure d’écarter une catastrophe.



Malgré des rapports faisant état de crimes commis contre des civils, le reste du monde semble dérouté quant à la manière d’agir, – suscitant des mises en garde selon lesquelles il pourrait y avoir une répétition de la tragédie qui s’était déroulée au Rwanda voisin en 1994.



Loin d’être intimidé, le chef rebelle considéré comme le principal responsable de la crise – le général rebelle Laurent Nkunda – menace désormais de prendre la totalité du pays si le gouvernement du président Joseph Kabila refuse de négocier avec lui.



Alors qu’il est peu probable que sa milice puisse renverser les autorités à Kinshasa – située à quelques 1 600 kilomètres à l’ouest de Goma – ses propos reflètent néanmoins sa confiance grandissante, étant donné la faible résistance face à son insurrection.



Kabila aurait refusé des pourparlers, indiquant que le fait de négocier avec un rebelle serait "inconstitutionnel".



Au cours des derniers mois, les combats ont escaladé autour de Goma, la capitale régionale du Nord Kivu, entre l’armée congolaise, FARDC, et la milice de Nkunda, le Congrès national pour la défense du peuple congolais, CNDP, de l’ethnie tutsie.



Les combattants de Nkunda prétendent qu’ils protègent les Congolais de l’ethnie tutsie contre divers groupes mai-mai pro-gouvernementaux et les milices Interahamwe hutues responsables du génocide rwandais de 1994. Ces combattants hutus, qui ont fui de l’autre côté de la frontière et se sont rebaptisés les Forces démocratiques de libération du Rwanda, FDLR, ont affronté les forces de Nkunda.



Selon certaines estimations, 253 000 civils ont été déplacés par les combats dans l’est du pays depuis septembre, et des officiels de l’ONU indiquent que des atrocités sont en train d’être commises.



La mission de maintien de la paix de l’ONU, MONUC, lutte pour assister les FARDC déstabilisées en gardant les factions belligérantes à distance les unes des autres. La force nationale est constituée de groupes rebelles hétéroclites, dont les soldats souvent non payés ou sous-payés ont recours aux pillages de manière routinière.



Bien que la MONUC compte 17 000 hommes en RDC et soit mandatée pour protéger les civils en utilisant toutes “les mesures nécessaires”, la majeure partie du contingent est stationnée ailleurs dans les Kivus, quelques centaines d’hommes uniquement étant actuellement présents à Goma-même.



La situation dans la région est si grave que les autorités auraient invité des conseillers militaires angolais à rejoindre la mêlée, rappelant la guerre civile sanglante de la RDC de 1998 à 2002, qui avait aspiré non seulement l’Angola, mais également les pays voisins, l’Ouganda, le Rwanda, le Zimbabwe et la Namibie.



Alors que la MONUC nie la présence de soldats angolais dans la région, leur présence relatée pourrait bien provoquer une invasion par le Rwanda, jetant la région dans une guerre généralisée et une crise humanitaire allant largement au-delà de ce qui peut être constaté aujourd’hui.



Pendant ce temps, la Communauté de développement de l’Afrique australe, CDAA, se prépare à intervenir. Ce groupe est constitué de 15 nations du Sud de l’Afrique qui ont récemment formé leur propre force de maintien de la paix pour se déployer dans la région. La CDAA a indiqué qu’elle “ne va pas assister sans rien faire à des actes de violence incessants et destructeurs commis par tout groupe armé contre des gens innocents de la RDC”.



Alors que des observateurs ont salué cette initiative régionale visant à envoyer des troupes en RDC, nombreux sont ceux qui disent que cela ne va pas se produire assez rapidement pour aider la population civile assiégée.



Certaines voix appellent à ce que les troupes de la MONUC stationnées dans d’autres parties de la RDC soient redéployées à Goma, alors que d’autres prétendent qu’un tel mouvement laisserait les civils vulnérables sans aucune protection dans ces zones, et exhortent au lieu de cela l’Union européenne à envoyer une force.



Le porte-parole de la MONUC, le Lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich a reconnu que les casques-bleus sont sérieusement débordés.



“Nous sommes déployés jusqu’au dernier homme, et il semble que nous ne puissions pas faire face à une escalade de la situation,” a-t-il dit.



Avant que la situation au Nord Kivu ne se détériore, la MONUC avait appelé à un renfort de 3 000 soldats supplémentaires. Cependant, même si le Conseil de sécurité de l’ONU donnait son aval à l’envoi de ces troupes plus tard ce mois-ci, elles ne mettraient pas le pied en territoire congolais avant trois à six mois supplémentaires.



“C’est maintenant que nous avons besoin de gens, c’est en ce moment que la catastrophe a lieu. Pas seulement dans quelques mois,” a indiqué Dietrich.



Le porte-parole a déclaré que la mission de l’ONU se réjouirait de l’envoi de forces étrangères additionnelles qui aideraient dans les opérations de maintien de la paix, telles que celles proposées par la CDAA.



“Nous nous réjouissons au sujet de toute initiative visant à aider à atténuer la catastrophe humanitaire et à organiser une assistance militaire,” a-t-il dit.



Le porte-parole a souligné qu’alors qu’un accord politique est nécessaire pour mettre fin aux combats sur le long terme, des forces supplémentaires sont requises d’urgence pour venir aider à sécuriser les couloirs humanitaires.



Certaines ONG et groupes de défense des droits de l’Homme appellent également à ce que des troupes supplémentaires soient envoyées à Goma.



Le directeur adjoint d’Amnesty International pour l’Afrique, Tawanda Hondora – ainsi que des représentants d’autres groupes – ont appelé au redéploiement immédiat des troupes existantes de la MONUC depuis les zones environnantes vers Goma.



“Tout ce qui ne sera pas fait immédiatement arrivera trop tard,” a-t-il dit.



Cependant, il existe des craintes que le redéploiement de ces troupes de la mission, actuellement stationnées dans d’autres parties du pays, puissent laisser des milliers de réfugiés déplacés internes à la merci des attaques de divers groupes de milices.



La protection des déplacés est une priorité, alors les troupes n’ont pas été redéployées vers Goma, a expliqué Dietrich.



“Nous devons nous occuper des déplacés dans toute la province du Nord Kivu,” a-t-il indiqué. “Nous n’allons pas relocaliser trop de troupes et laisser les déplacés tout seul.”



Anneke Van Woudenberg de Human Rights Watch a également rejeté les appels à ce que les troupes de la MONUC d’autres parties de la RDC soient redéployées sur Goma, indiquant que cela pourrait provoquer la vulnérabilité des personnes présentes dans les autres zones.



Au lieu de cela, elle a appelé la communauté internationale à accroître les rangs de la MONUC.



“Les dirigeants mondiaux ne peuvent pas se cacher derrière le chiffre de 17 000 soldats de maintien de la paix actuels en pensant que cela suffit. La MONUC est déployée à la limite de ses capacités sur le terrain, incapable de protéger les civils, et a besoin d’un renfort supplémentaire,” a indiqué Van Woudenberg.



Elle a noté que l’initiative de la CDAA d’envoyer des troupes dans la région pourrait mettre du temps à se mettre en place, et a appelé la communauté internationale à envoyer des soldats de maintien de la paix en priorité.



“Nous savons que dans de nombreuses circonstances cela prend du temps à la CDAA pour déployer des troupes sur les sites. La MONUC a besoin d’une aide urgente et que soldats de maintien de la paix soient déployés immédiatement,” a-t-elle dit.



Van Woudenberg a appelé l’UE à envoyer des troupes dans la région avant que d’autres troupes de la MONUC ne puissent être déployées.



“Une force de l’UE pourrait intervenir sous mandat de l’ONU pour fournir un soutien à court terme à la création d’un couloir humanitaire, et assurer la protection des civils,” a-t-elle dit.



“Cela doit être étudié d’urgence par les dirigeants de l’UE. Ils doivent envisager l’envoi de renforts à la MONUC comme une solution de dépannage avant que d’avantage de troupes de la MONUC ne puissent être déployées.”



Certains observateurs affirment que pour rétablir la stabilité dans la région, une présence accrue de la MONUC est nécessaire au sein de la vaste région qui marque la frontière entre le nord-est de la RDC, le Rwanda, l’Ouganda, et le Sud Soudan.



“Toute la région frontalière a besoin de renforts,” a indiqué Mirna Adjami du Centre international pour la justice transitionnelle en RDC.



Dietrich a laissé entendre qu’un autre moyen envisageable pour désamorcer la crise actuelle serait d’essayer d’arrêter Nkunda.



“Nous savons où il est, nous savons où se trouve sa base. Procéder à des arrestations ne fait pas directement partie de notre mandat, mais le fait de soutenir les autorités locales en apportant la stabilité dans ce pays est lié à notre mandat,” a-t-il dit.



“Ce n’est pas la priorité pour le moment, mais nous devrions soutenir le gouvernement dans cette tâche autant que nous le pouvons.”



La Cour pénale internationale, CPI, à La Haye a déjà émis un acte d’accusation en août 2006 contre l’adjoint de Nkunda, Bosco Ntaganda, pour des violences commises dans la région de l’Ituri alors qu’il était commandant aux ordres du chef rebelle Thomas Lubanga. Lubanga est actuellement en attente de son procès au centre de détention de la CPI.



Les procureurs de la CPI indiquent qu’ils suivent “de très près les informations convergentes sur des attaques menées contre la population civile, le déplacement forcé de populations, les meurtres, les viols et les pillages, perpétrés lors des affrontements armés récents dans la province du Nord-Kivu”.



Bien que la détention de Nkunda puisse apporter un certain soulagement sur le terrain, Hondora a souligné que, pour une paix durable dans la région, une solution politique doit être trouvée.



“Cela nécessite un engagement avec le gouvernement du Rwanda pour atteindre une solution politique entre lui-même et les FDLR,” a-t-il dit.



Selon l’accord de Nairobi de 2007 entre la RDC et le Rwanda, les autorités de Kinshasa sont chargées du rapatriement des combattants des FDLR par la force si nécessaire. Mais il y a eu peu de progrès sur ce plan, étant donné que les miliciens hutus craignent d’être emprisonnés ou tués pour leur rôle dans le génocide rwandais de 1994.



“L’échec à résoudre cette [question] est la raison pour laquelle les FDLR sont [aujourd’hui] dans l’est de la RDC, et cela donne à Nkunda le prétexte qu’il protège la population tutsie,” a continué Hondora.



Katy Glassborow est reporter de justice internationale à La Haye. Peter Eichstaedt est le Rédacteur Afrique de l’IWPR.