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L'Armée juge les soldats accusés de l'attaque de Kasugho

Les magasins ont été pillés et les femmes violées alors que les troupes en colère semaient la terreur.
By IWPR ICC
L’armée de la République démocratique du Congo, RDC, a déclaré qu’elle avait commencé à juger certains des soldats accusés d’une orgie de cinq jours au cours de laquelle ils s’étaient livrés à des viols et à des pillages dans une petite ville de l’est du pays, un incident parmi d’autres ayant eu lieu dans cette région ravagée par la guerre.



Un groupe de la société civile qui a enquêté sur ces affaires a déclaré que les soldats qui n’avaient pas reçu leur paie avaient pillé plus de 60 pour cent des magasins dans la ville de Kasugho et violé 25 femmes lors de l’incident en octobre dernier.



Plusieurs mois après la fin de cet évènement, certains signes permettent de dire que les autorités agissent désormais contre les coupables, que l’ont pouvait jusqu’à présent voir circuler librement dans la ville, bien que les renseignements au sujet des procès soient vagues.



Les actes de violence sexuelle commis par les factions armées sont devenus endémiques dans l’est de la RDC et le nombre de femmes violées dans cette zone a dépassé 8 000 l’année dernière, selon des estimations publiées le 9 février dernier par le Fonds des Nations Unies pour la population, UNFPA.



L’attaque contre Kasugho avait débuté lorsque des soldats basés dans la ville avaient commencé à utiliser des armes lourdes et légères pour effrayer les habitants et les commerçants, a expliqué l'Association des lettrés pour la promotion de Lubero. Le marché hebdomadaire du mercredi qui attire les gens d’une vaste zone environnante se tenait se jour-là à Kasugho, et les troupes ont volé des biens pour les revendre sur un marché qui a lieu dans leur propre camp.



Selon l’association, ils étaient ensuite partis vers le centre commercial, cassant les portes pour accéder aux boutiques et les piller.



Les troupes s’étaient ensuite tournées vers les zones résidentielles pour voler les biens des habitants appeurés qui avaient fui. Par la suite, ils avaient commencé à frapper et violer les victimes dans leurs maisons, toujours selon l’association.



Le raid s’était poursuivi pendant quatre jours supplémentaires jusqu’à ce que les autorités de la ville voisine de Lubero transfèrent la solde due aux soldats.



Le rapport de l’UNFPA a indiqué que la plupart des viols commis dans la région étaient le fait des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda mais citait aussi les soldats de l’armée gouvernementale, connus sous leur acronyme français de FARDC, comme responsable de nombre d’entre eux.



En décembre dernier, le groupe de pression Human Rights Watch avait publié un rapport documentant les attaques sur des civils dans l’est du Congo et exhortant l’armée à s’assurer qu’il soit mis fin aux violations. Il appelait à ce que les auteurs des crimes et les soldats soient punis et que ces derniers soient payés correctement pour décourager le pillage.



Trois jeunes filles en dernière année d’école secondaire figuraient parmi les victimes des viols commis à Kasugho. L’une d’entre elles s’est mise à pleurer pendant qu’elle racontait ce qui lui était arrivé, “Ils sont venus alors que nous étions en train d’essayer de sauver nos cahiers et certains livres scolaires. Ils nous ont terrorisées. Ils nous ont dit de ne pas crier et d’aller dans nos lits. Nous avons commencé à crier mais personne n’est venu nous aider. Ils étaient trois et ils nous tiraient vers eux quand nous résistions. Nous regrettons ce que les gens disent de nous aujourd’hui.”



Une institutrice de l’école de Bas Musindi, gravement frappée et violée devant son jeune frère a raconté, “Ils nous ont trouvés dans la cuisine et nous ont frappé quand nous avons essayé de nous enfuir. Ils ont dit à mon frère de me déshabiller mais il a refusé et a été frappé. Ils étaient quatre; deux s’occupaient de mon frère pendant que les autres s’en prenaient à moi. Lorsque je les vois dans la rue, je me met à pleurer. C’était horrible.”



Après ce calvaire, des responsables sont venus de la ville de Lubero pour exprimer leurs regrets. Les gens de Kasugho étaient choqués, cependant, d’avoir payé le prix du retard de paiement des salaires des soldats alors que les violeurs circulaient librement.



Kasugho, où les gens vivent surtout de la culture de manioc ou de haricots, n’a pas connu une histoire joyeuse, selon Kambere Sikuli Mbuyiro, le chef du village.



“De nombreux miliciens mai-mai avait fait du village leur quartier général. Cela a porté atteinte à notre progrès économique et social. Maintenant, bizarrement, la soi-disante armée gouvernementale fait la même chose. C’est comme si nous devions payer les soldats,” a-t-il dit.



Certains rapports ont fait état de soldats désaffectés commettant des attaques similaires sur d’autres endroits de la zone y compris Kanyabayonga, non loin de là. Kasugho a été relativement calme depuis le raid d’octobre dernier.



Le chef de santé local Mumbere Kandoli a averti du risque d’infection pour les victimes de viol et les a appelées à s’adresser aux autorités, même si elles ne voulaient pas porter plainte contre les violeurs. Les gens devraient leur offrir leur aide pour les aider à surmonter le traumatisme, a-t-il dit. Les autorités n’ont pu leur apporter que peu d’aide.



L'Association des lettrés pour la promotion de Lubero a condamné ce qu’elle a appelé l’inaction de la part des autorités provinciales de Goma dans cette affaire et a appelé à ce que justice soit faite.



Un porte parole du district a déclaré qu’une opération était en cours pour s’assurer que tous les responsables de l’attaque soient traduits devant une cour martiale.



Le Major Vianney Kazarama, un porte-parole de l’armée, interrogé sur ces accusations, a déclaré qu’il existait une politique de tolérance zéro face à de tels actes et que les soldats responsables de l’attaque de Kasugho devaient être jugés. Il a indiqué que certains avaient déjà été arrêtés et attendaient leur procès.



Les gens de Kasugho disent désormais qu’ils veulent être sûrs que le raid d’octobre ne se reproduira pas.



Desanges Kavira Kihuha est un stagiaire de l’IWPR à Goma. Cet article fait partie d’une série de reportages réalisés par des journalistes ayant récemment suivi un cours de journalisme international organisé par IWPR Netherlands à Goma.