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La guerre contre l'ARS en perte de vitesse

Les efforts visant à combattre le groupe redouté mis à mal suite à l’échec des gouvernements régionaux à s’attaquer à la menace.
By Barrett Holmes Pitner
  • American soldiers from the Georgia National Guard training Ugandan troops, April 2011. (Photo: US Army/Sgt. 1st Class Brock Jones)
    American soldiers from the Georgia National Guard training Ugandan troops, April 2011. (Photo: US Army/Sgt. 1st Class Brock Jones)

Préoccupée par le relâchement des efforts pour vaincre l’Armée de résistance du seigneur, ARS, la communauté internationale se retrouve face à un grand défi pour battre les rebelles alors qu’ils continuent à semer le trouble dans la région.

Depuis l’annonce par les Etats-Unis d’une stratégie longuement attendue pour combattre l’ARS et capturer ses dirigeants en soutenant les efforts militaires dans la région, l’Ouganda a, dans un mouvement contraire, retiré 700 soldats qui poursuivaient les rebelles et réduit les fonds pour l’opération.

“[L’ARS] n’est pas une menace pour l’Ouganda – pas du tout,” a déclaré Felix Kulayigye, porte-parole des forces armées ougandaises, à l’IWPR.

A partir de 1987, l’ARS a lancé une insurrection brutale dans le nord de l’Ouganda, qui a duré vingt ans et causé la mort de 10 000 personnes, le déplacement de deux millions d’autres, alors que quelques 60 000 enfants ont été enlevés, nombre d’entre eux ayant été forcés à devenir enfants soldats.

Expulsée de l’Ouganda en 2008, l’ARS s’était réinstallée de l’autre côté de la frontière, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, RDC, où ses membres continuent à attaquer et déplacer les civils et à enlever des enfants. Le groupe s’étend sur une région de la taille de la Californie, au sein de laquelle il est extrêmement difficile de se déplacer en raison d’un manque de routes et de moyens de communication.

Depuis 2005, Joseph Kony, le commandant rebelle, et d’autres hauts responsables sont recherchés par la Cour pénale internationale, CPI, pour des chefs d’accusation de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

En novembre 2010, les Etats-Unis ont lancé un plan pour s’attaquer à l’ARS. Bien que Washington ait adopté un projet de loi formalisant la stratégie pour combattre les rebelles et protéger les civils, le Congrès doit encore donner son accord au financement du projet.

Les Nations Unies et l’Union africaine ont condamné les récentes attaques menées par les rebelles. Mais personne n’a encore promis d’argent pour le financement d’une force militaire capable de mettre fin aux attaques des rebelles.

“Chacun de ces acteurs [ONU, Etats-Unis, et Union africaine] est bien intentionné dans sa volonté d’agir. Le problème est qu’ils ne se sont pas encore engagés à allouer les ressources pour la réalisation concrète de leurs plans,” a expliqué à l’IWPR Paul Ronan, co-fondateur de Resolve, un groupe de pression basé à Washington qui fait campagne pour mettre fin à la violence de l’ARS.

La région de RDC où l’ARS opère actuellement est à la frontière de la République centrafricaine et du Sud Soudan, et il est facile pour les rebelles de traverser les frontières pour conduire des raids et échapper à la capture. Ceci est facilité par le fait que les armées nationales de ces Etats et les casques bleus de l’ONU basés en RDC n’ont pas de mandat pour entrer dans d’autres pays dans le cadre de leurs opérations de poursuite. Cependant, l’armée ougandaise a la permission de pénétrer sur le territoire de la RDC pour opérer contre l’ARS.

“Ce triangle [RDC, RCA et Sud Soudan] est en fait un territoire non gouverné,” a déclaré Thierry Vircoulon de l’International Crisis Group basé à Bruxelles. “Les rebelles peuvent rester là-bas pendant très longtemps.”

Vircoulon avertit que la baisse d’attention des gouvernements locaux au sujet de l’ARS, ajoutée au déplacement du groupe en RDC, a permis au mouvement de se rassembler et de poser une menace plus importante pour les civils.

“Ils avaient besoin d’une sorte de répit et on leur a offert ce répit,” a-t-il dit.

La stratégie de Washington par rapport à l’ARS énonce des mesures visant à combattre les rebelles et à appréhender leurs dirigeants recherchés par la CPI, tout en protégeant les civils et en augmentant l’aide humanitaire pour les communautés affectées par la violence.

Le droit américain empêche Washington de déployer des troupes au sol dans la région, mais il prévoit un soutien financier et tactique aux armés comme celle de l’Ouganda et de la RDC. Ces forces locales sont cruciales pour la mise en œuvre du plan, particulièrement l’armée ougandaise, considérée comme l’armée la plus puissante de la région.

Le retrait du soutien ougandais “serait un revers considérable et exigerait un rassemblement important d’autres forces régionales qui pourrait prendre plusieurs années”, indique la stratégie américaine.

Les Etats-Unis ont apporté un soutien constant à la guerre menée par l’armée ougandaise contre l’ARS – 33 millions de dollars US depuis 2008.

Mais les résultats ont été mitigés.

L’opération Lightning Thunder soutenue par les Etats-Unis et menée entre décembre 2008 et mars 2009, a permis d’expulser l’ARS d’Ouganda. Mais le groupe s’est ensuite lancé dans une série d’attaques en RDC et au Sud Soudan, tuant près de 1 000 civils.

En 2010, le gouvernement des Etats-Unis avait dédié 34 millions de dollars à l’aide humanitaire pour les régions affectées par l’ARS en RDC, au Sud Soudan, et en République centrafricaine.

Le Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique, AFRICOM, organise la formation des UPDF et leur fournit du matériel. Il a également formé un bataillon de soldats de RDC à combattre l’ARS, et étudie la manière dont il pourrait aider les troupes de RCA et du Sud Soudan.

Le problème central pour les Etats-Unis est qu’ils n’auront pas leur mot à dire que les états bénéficiaires utilisent ces ressources pour combattre l’ARS ou non.

“Nous organisons la formation, nous améliorons le professionnalisme des [armées] et leurs capacités,” a indiqué un porte-parole de l’AFRICOM à l’IWPR. “Nous ne dirigeons pas [les gouvernements locaux]. C’est leur pays. Ils décident de quelle manière ils vont mettre en œuvre cette formation et à quoi ils voudront l’employer.”

Bien que l’armée de RDC tout comme celle de l’Ouganda indique qu’elle maintient ses efforts pour lutter contre les rebelles, les observateurs sont sceptiques sur la réalité de leur détermination.

Les experts indiquent que maintenant que l’ARS n’est plus en Ouganda, le gouvernement se concentre davantage sur d’autres menaces domestiques et sur son engagement militaire au sein de la mission africaine de maintien de la paix en Somalie.

“Pour le gouvernement ougandais, il est difficile d’identifier clairement leur intérêt à maintenir une opération militaire contre l’ARS, mais il est clair que leur engagement a décliné depuis un an et demi,” a déclaré Ronan.

Parallèlement, les autorités de la RDC semblent minimiser l’importance des atrocités commises par l’ARS, ce qui signifie que les Etats-Unis pourraient avoir du mal à persuader le gouvernement de poursuivre les rebelles.

“Pour le moment il y a moins de 100 combattants de l’ARS en RDC,” a déclaré le Colonel Célestin Ngeleka des forces armées de la RDC à l’IWPR. “Le cœur de leur force a été neutralisé.”

Le Colonel Ngeleka a prédit qu’il ne resterait plus un combattant de l’ARS en RDC en octobre prochain.

Ces déclarations ne sont cependant pas étayées par les informations du terrain. Selon un rapport d’Oxfam publié en juillet, l’ARS a conduit 53 attaques au cours du seul mois de juin, provoquant 26 décès et 23 enlèvements. Dans les six premiers mois de l’année 2011 quelques 45 000 civils avaient fui l’ARS suite à un total de 158 attaques – 50 pour cent de plus que pour toute l’année 2010.

“Les gouvernements des zones affectées minimisent l’échelle de la violence de l’ARS,” a déclaré Ronan. “Je pense que cela complique la tâche pour la communauté internationale à faire quoi que ce soit.”

Depuis 2009 les forces de l’UPDF dans les zones affectées par l’ARS ont pratiquement été divisées par 5 passant de 7 000 à seulement 1 500, selon les estimations d’Enough, un groupe de pression qui milite contre le génocide et les crimes contre l’humanité.

Malgré le récent retrait d’un bataillon de 700 hommes, et sans allocation de fonds additionnels pour combattre l’ARS, l’armée ougandaise insiste sur le fait qu’elle est toujours déterminée à contrer les rebelles.

“Le fait de retirer un bataillon ne signifie pas que vous avez minimisé la priorité ou l’importance de la menace,” a déclaré Kulayigye, un porte-parole. “Nous avons des moyens pour utiliser nos ressources… la menace doit être traitée avec les ressources disponibles.”

Comme les opérations régionales et internationales ne parviennent pas à ouvrir une brèche au sein de l’ARS, les experts se tournent vers la mission de l’ONU en RDC, la MONUSCO, pour qu’elle intensifie ses efforts à protéger les civils des attaques.

La force a récemment augmenté ses efforts pour protéger les civils dans des zones affectées par l’ARS en déployant des soldats de maintien de la paix supplémentaires, mais les analystes indiquent que d’avantage d’efforts devront être faits.

La MONUSCO est la deuxième mission de la paix la plus importante. Mais bien que 20 pour cent des personnes déplacées en RDC viennent des zones dominées par l’ARS, seuls cinq pour cent de la force ont été déployés pour protéger ces parties du pays.

“La MONUSCO dispose de 19 000 soldats de maintien de la paix dont moins de 1000 sont basés dans les zones affectées par l’ARS,” a déclaré Anneke van Woudenberg de Human Rights Watch. “Ils ont des casques bleus dans la zone, mais pas assez pour protéger les civils de manière adaptée, et pas assez pour égaler la menace [posée] par l’ARS.”

Une source au sein de la MONUSCO l’a confirmé, indiquant à l’IWPR, “Il n’y a pas d’accent particulier mis sur l’ARS. Nous nous concentrons sur tous les groupes armés en [RDC].”

Parallèlement d’autres experts suggèrent qu’une solution pourrait être de se concentrer sur la capture des commandants principaux de l’ARS plutôt que de chercher à battre un mouvement rebelle entier par une opération militaire de grande ampleur. Certains pensent que le fait de passer à une force spéciale pour se débarrasser de la tête du mouvement rebelle pourrait être un moyen plus efficace de mettre un terme aux attaques.

“On peut soutenir que le fait de capturer les dirigeants de certains groupes rebelles est une action très appropriée … comme mesure pour mettre un terme à un conflit,” a déclaré David Donat Cattin, un expert juridique du groupe international Action mondiale des parlementaires.

“C’est cela qui devrait motiver les troupes spéciales formées à mener cette sorte d’opération, parce que nous parlons ici d’une opération d’arrestation, pas seulement d’une attaque ou d’une élimination de l’ARS.”

Cependant, Donat Cattin s’interroge sur la réalité de la volonté et des ressources pour lancer une telle opération.

“Je ne pense vraiment pas qu’il existe une personne qui ne veuille pas arrêter Kony. Le problème est qui dirige? Qui a la capacité de diriger? Qui a les compétences pour diriger?”

Etant donnée l’augmentation des attaques de l’ARS cette année, et l’habitude du groupe à réapparaître dans de nouvelles zones quand il est chassé ailleurs, les analystes avertissent que la communauté internationale est un point de jonction indispensable et qu’elle doit traiter avec les rebelles avant qu’ils puissent se rassembler et redevenir une force puissante.

“Pour le moment l’ARS est affaiblie. Par rapport au nombre de leurs troupes, ils sont numériquement moins nombreux aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été dans leur histoire,” a expliqué van Woudenberg. “Si cette pression était réduite, étant donné leur passé, ce groupe se reformera, et se renforcera.”

Barrett Holmes Pitner est un stagiaire au bureau de la rédaction à Londres.