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Kabila a peu à craindre de l'opposition en RDC

En dépit de discussions pour un rassemblement autour d’un chef unique dans la course à l’élection présidentielle prévue pour la fin de l’année, les querelles ont empêché un consensus.
By Eugène Bakama

Eugene Bakama Bope

Eugène Bakama Bope
Analyste du Congo

En Afrique, il est rare de voit un politicien au pouvoir organiser une élection pour la perdre.

Paul Kagamé au Rwanda, Denis Sassou au Congo-Brazzaville, Paul Biya au Cameroun, Robert Mugabe au Zimbabwe, Blaise Compaoré au Burkina Faso, Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ou Yoweri Museveni en Ouganda sont tous des dirigeants africains au pouvoir depuis très longtemps qui ont soit réussi à remporter d’immenses victoires électorales, ou tout simplement s’accrochent au pouvoir par la force.

Il semblerait aujourd’hui que la République démocratique du Congo, RDC, se prépare à prendre le même chemin lorsque les Congolais se rendront aux urnes à la fin de l’année, à moins que les partis d’opposition ne puissent élaborer une alternative crédible au président en exercice, Joseph Kabila.

Au moment des élections, cela fera presque 11 ans que Kabila est au pouvoir, mais il n’aura effectué qu’un seul mandat sur toute cette durée.

La raison à cela est qu’il a hérité la présidence de son père, Laurent Kabila, assassiné par ses propres gardes du corps au début de l’année 2001. Il a seulement eu à s’exposer à une élection, en 2006, qu’il a gagnée par une victoire écrasante dans l’est du pays, mais perdue dans certaines zones clés y compris Kinshasa, le Bas-Congo et la province de l’Équateur.

En vertu du système électoral congolais, un président peut exercer un maximum de deux mandats de cinq ans, ce qui signifie que s’il devait gagner la prochaine élection, le prochain mandat de Kabila serait le dernier.

Même en cas d’un tel scénario, lorsque Kabila achèvera son mandat il aura été au pouvoir pendant 16 ans, une aberration dans tout pays démocratique.

Kabila est déterminé à remporter un deuxième mandat, mais il est conscient que le sentiment populaire contre son régime pourrait encore venir perturber ses objectifs électoraux.

Les Congolais le jugeront probablement sur deux critères importants, deux promesses faites lors de la dernière élection.

La pierre angulaire de la campagne électorale de Kabila était la reconstruction économique et sociale du pays, après des années de guerre brutale. Il avait déclaré que, sous son gouvernement, tous les Congolais allaient s’enrichir.

Suite à cette déclaration, Kabila avait lancé une initiative, connue sous le nom des Cinq Chantiers, qui promettait de donner la priorité à l’infrastructure, la santé et l’éducation, l’eau et l’électricité, le logement et l’emploi.

Même s’il y a eu quelques réalisations concrètes à Kinshasa, où un nouvel hôpital a ouvert dans le quartier du Centenaire, et que des dizaines de nouvelles routes ont été construites à l’extérieur de la capitale, les citoyens ordinaires trouvent difficile de voir en quoi la situation s’est améliorée pour eux.

C’est pourquoi Kabila a récemment montré des signes d’accélération de la mise en oeuvre de son programme de redéveloppement économique.

Il y a eu en particulier une vague de contrats échangés entre la RDC et les compagnies chinoises, dans l’espoir que de nouveaux investissements venant de l’orient aideraient à effacer les critiques de plus en plus vives contre son programme des cinq chantiers.

L’autre promesse électorale faite par Kabila en 2006 était d’apporter la paix à l’ensemble de la RDC, un élément qui était alors une préoccupation spécifique dans l’est du pays, une région ayant subi des années de guerre et où les groupes de milices destructrices continuent à circuler dans une grande partie de la région.

Avec des problèmes endémiques comme le viol en réunion dans l’est de la RDC, et quelques 1,5 millions de déplacés confrontés à une insécurité chronique (selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), de nombreux habitants commencent à douter de l’engagement de Kabila pour la région.

Pour détourner certaines des ces critiques, Kabila s’est rendu dans cette zone avant Noël, dans une tentative de montrer aux gens sur place qu’il prend leurs souffrances au sérieux, et pour condamner les viols qui continuent à être commis par les milices opérant sur place.

Il reste à voir si ces mesures de dernière minute pourront soigner les blessures du passé, et persuader les congolais de voter pour lui une nouvelle fois.

Mais les signes semblent montrer que, à moins que l’opposition ne se mette d’accord et n’offre une alternative crédible à ce que Kabila propose, le président en exercice sera reconduit à la tête du pays sans trop de difficultés.

Pour le moment, l’opposition reste très dispersée. Il y a eu des discussions pour l’élaboration d’une stratégie unique pour se présenter aux élections, et se rassembler autour d’un unique chef, mais les disputes entre les différents partis ont rendu tout consensus impossible.

De tous les partis d’opposition qui pourraient se présenter aux élections, trois en particulier sortent du lot.

Le mouvement pour la libération du Congo, MLC, qui tire la majorité de son soutien de l’ouest du pays, était la plus grande menace pour Kabila lors de la dernière élection.

Cependant, son chef, Jean-Pierre Bemba, est aujourd’hui en procès à La Haye pour crimes de guerre présumés et n’est pas en mesure d’apporter un commandement visionnaire pour le parti, bien qu’il commande encore un grand nombre de supporters dans des zones clefs. Pour le moment, on ne sait pas très bien qui pourrait diriger le parti à sa place et, à moins qu’un leader fort ne se dégage, le MLC va rester un faible adversaire.

Un autre parti d’opposition viable est l’Union pour la démocratie et le progrès social, l’UPDS. Le parti avait boycotté la dernière élection, affirmant que le gouvernement manipulait l’élection, mais a déclaré qu’il serait présent lors du prochain scrutin.

Le parti est dirigé par Etienne Tshisekedi, politicien âgé mais très respecté de l’ère Mobutu Sese Seko. Certains affirment que l’homme âgé de 78 ans ne sera pas capable de rassembler l’énergie et la détermination pour constituer un adversaire de poids, et il y a même eu des tentatives pour l’empêcher de se présenter en limitant l’âge des candidats à 70 ans. Néanmoins, de nombreux commentateurs ont suggéré que Tshisekedi pourrait être l’homme politique le plus populaire du pays incarnant l’espoir pour l’avenir, et s’exprimant contre la corruption.

Il y a également une nouvelle vague de forces politiques qui émergent dans le pays, telles que l’Union pour la nation congolaise, UNC, une branche séparatiste du Parti pour la reconstruction et la démocratie, PPRD, le parti au pouvoir.

Vital Kamerhe, dirigeant de l’UNC a mené la dernière campagne électorale contre Kabila. Sa proche collaboration avec le président signifie qu’il connaît très bien ses forces et ses faiblesses. Mais il manque d’une large base de soutien dans le pays et certains disent qu’il n’est pas un adversaire de poids suffisant pour représenter le moindre danger pour Kabila.

Ces trois partis disposent ensemble d’une large base dans le pays. Mais si leurs voix se font discordantes, ils ne seront pas entendus.

Pour avoir une chance de gagner la prochaine élection, les partis d’opposition doivent se rassembler en un seul mouvement, derrière un fort candidat unique pour la présidence.

Mais, avec une opposition habituée aux divisions et aux conflits, il ne sera pas facile d’aboutir à cela.

Pour le moment, l’opposition peut sembler n’être qu’un faible adversaire dans la course à la présidence, mais Kabila ne prend pas de risques. Récemment, les supporters de Kabila ont poussé à organiser les élections autour d’un seul tour de scrutin, au lieu des deux tours habituels.

Lambert Mende, un porte-parole du gouvernement, estime que le fait d’avoir un seul tour permettrait au pays très endetté d’économiser près de 350 millions de dollars US. Cependant, les opposants à cette idée indiquent que le fait d’avoir un seul tour améliorerait les chances de Kabila d’obtenir une victoire, en particulier si l’opposition reste divisée.

Eugène Bakama Bope, président du Club des amis du droit du Congo, est analyste du Congo auprès de l’IWPR.